
****½ De père en flic, d’Émile Gaudreault

****½ La Veuve, de Gil Adamson

D’entrée de jeu, on sait que la veuve a dix-neuf ans, qu’elle a tué son mari et qu’elle est poursuivie par ses deux ex-beaux-frères. Elle fuit vers le nord, ou l’ouest, elle ne sait trop. Nous sommes en 1903, en Alberta.
Dans sa fuite, elle rencontre des personnages étonnants: une vieille dame, un ermite, un nain, un prêtre, des mineurs. Chacun l’aide à sa façon, mais personne ne réussit à vraiment l’apprivoiser. Son histoire, nous, les lecteurs, ne la découvrirons que peu à peu.
**** Un pays à l’aube, par Dennis Lehane

L’auteur de Mystic River et de Shutter Island s’attaque à une époque moins connue de l’histoire américaine.
**** L'ange de pierre, par Margaret Laurence

À 90 ans, Hagar Shipley n’a rien perdu de sa détermination à conduire elle-même sa destinée. Elle mène la vie dure à son fils Marvin et à sa bru qui n’ont plus vraiment la santé pour s’en occuper.
Au fil des chapitres le présent et le passé s’entrecroisent, révélant une femme toujours fière, qui a souvent fait les mauvais choix mais sans jamais admettre ses erreurs ni ses faiblesses.
On a comparé ce personnage à Tatie Danièle. Elle est en effet aussi acariâtre, égocentrique, incapable de livrer ses sentiments. On s’y attache pourtant. Cela est sûrement dû au talent de l’auteure.
L’ange de pierre, paru en 1964, est le premier roman du Cycle de Manawaka contenant cinq histoires indépendantes les unes des autres et ayant pour cadre un village inventé des Prairies.Le roman vient d'être adapté pour le cinéma.
Laurence, Margaret. L’ange de pierre, Alto, 2008, 438p.
***½ Une divine plaisanterie, par Margaret Laurence

Rachel Cameron, enseignante de 34 ans, vit avec sa mère, possessive et manipulatrice à souhait. Incapable de s’affirmer, que ce soit face à ses collègues, son directeur ou même ses élèves, elle mène une vie étriquée jusqu’à ce qu’elle rencontre Nick. Et pourtant, même là, son incompétence à établir une relation claire avec autrui l’entraîne sur un chemin de traverse.
***1/2 J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan

À cause de ses trois prix remportés à Cannes, le jeune cinéaste Xavier Dolan suscitait ma curiosité. Méritait-il ces honneurs ou étions-nous victimes d’un montage publicitaire? Nul doute ne subsiste dans mon esprit : malgré quelques maladresses, nous avons affaire à un véritable cinéaste, qui sait bien construire un scénario et bien choisir les acteurs pour le défendre. Anne Dorval, en mère dépassée par les reproches de son fils, est bouleversante. La scène où elle rabroue un directeur de pensionnat va devenir une pièce d’anthologie, sans l’ombre d’un doute. Les rôles secondaires sont tenus par des comédiens de haut calibre. S’il continue sur cette lancée, ce jeune homme n’a pas fini de nous étonner.
Avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément et Patricia Tulasne (2009)
***½ Un roman russe, d’ Emmanuel Carrère

Au départ, un reportage sur un Hongrois détenu pendant cinquante-trois ans dans un hôpital psychiatrique russe. Quelle belle occasion de renouer avec la terre de ses ancêtres et pourquoi pas, lever le voile sur ce terrible secret de famille qui a empoisonné ses relations avec sa célèbre mère, Hélène Carrère d’Encausse. Ajoutons à cela la description non-censurée de sa relation torride avec la belle Sophie, dont le principal défaut est de ne pas être de «son monde».
Le célèbre journaliste-reporter-écrivain-scénariste-cinéaste-fils de…et récipiendaire de nombreux prix explore avec brio les thèmes de la folie, du secret, de l’identité, du mensonge, de la sexualité. Si le roman n’a sûrement pas fait le bonheur de la secrétaire perpétuelle de l’Académie française ni de son ex-fiancée, il fait le nôtre car force est d’admettre qu’il écrit bien, le bougre!
*** L’Élégance du hérisson, de Muriel Barbery

Ce roman a fait le bonheur des libraires qui lui ont accordé leur Prix et de nombreux lecteurs de par le monde. L’auteure, enseignante en philosophie, s’est plu à concevoir des personnages atypiques : une concierge qui cache son immense érudition (comme le hérisson cache sa bonne nature), une adolescente surdouée qui a décidé de se suicider le jour de ses treize ans, une bonne portugaise au grand cœur, un richissime Japonais cultivé. Les autres locataires de l’immeuble sont riches, parvenus et stupides, évidemment. C’est cela qui m’a déplu : d’un côté, les gens humbles mais éminemment bons, généreux, avec une grande âme et de l’autre côté, les riches, mesquins, étroits d’esprit, sans autre qualité que de faire ressortir «l’élégance» des premiers.
**** Jeux de paumes, d’Alan Bennett

Tout le roman se déroule lors de la commémoration du décès de Clive, beau masseur aux mains habiles. La cérémonie rassemble tout le jet set, un officiant songeur ainsi que son archidiacre venu incognito. Cette situation cocasse donne cours à une série de monologues intérieurs désopilants, à des révélations choc et enfin à la panique générale.
C’est charmant, drôle et parfois un peu cruel : un bel exemple d’humour britannique.
***½ Un homme, de Philip Roth

Roth, Philip. Un homme, Gallimard, 2007, 160p.
*** Jeux de pouvoir, de Kevin Macdonald

Le film a aussi le mérite de mettre en lumière une question toujours d’actualité : jusqu’où un journaliste doit-il protéger ses sources? On ne peut que penser au combat que livre présentement Daniel Leblanc.
Avec Russell Crowe, Ben Affleck, Rachel McAdams et Helen Mirren (2009)
***½ Leela, de Hari Kunzru

D’abord, Arjun Meela, jeune consultant en informatique qui vivra difficilement son rêve américain brisé. Puis Leela, méga-star de Bollywood et idole d’Arun : elle sera bien malgré elle mêlée à la terrible vengeance de son fan. Enfin, Guy Swift, jeune cadre londonien à qui tout semblait vouloir sourire, jusqu’au jour où…Il y a sûrement un parallèle à faire avec la crise actuelle.
Les trois récits n’offrent pas, à mon avis, le même intérêt. J’aurais bien aimé que l’auteur s’attarde un peu plus au destin de son génial informaticien par qui tout arrive.
Kunzru, Hari. Leela, Plon, 2005, 360p.
**½ Le dernier danseur de Mao, de Li Cunxin

Malgré son mal du pays, il se plie à l'impitoyable discipline de la danse et adhère de tout son coeur à la Révolution culturelle. À dix-huit ans, il est envoyé au Texas pour y suivre un stage. Il y découvre un art audacieux, inventif, à mille lieues des pratiques répétitives chinoises. Il y découvre surtout la liberté et une autre façon de vivre. Il obtient l’asile politique grâce à l’appui des Bush. S’ensuivent des tournées triomphales qui l’amènent aux quatre coins du monde, jusqu’à son installation à Melbourne où il devient le danseur étoile de l’Australian Ballet.
La première partie de l’autobiographie est intéressante car elle nous met en contact avec l’enfance et les années d’apprentissage de Li Cunxin, Par la suite, le texte devient répétitif. On devine que l’auteur éprouve un malaise à profiter pleinement d’une vie privilégiée alors que sa famille lutte pour sa survie.
La traduction française laisse beaucoup à désirer : erreurs de syntaxe, mots manquants… Une adaptation cinématographique de ce récit verra le jour d’ici peu.
Li Cunxin, Le dernier danseur de Mao, First, 2008, 494p.
***½ La fille tatouée, de Joyce Carol Oates

Mais Joyce Carol Oates n’écrit jamais de banales histoires. Cette fois-ci aussi, le récit bifurque vers une finale tout à fait imprévisible. Et très dérangeante. Une autre œuvre choc de cette grande auteure.
Oates, Joyve Carol. La fille tatouée, Stock, 2006, 373 p.
*** Je me souviens, d’André Forcier

Puis le scénario bifurque : on assistera à la vengeance implacable d’une mythomane injustement soupçonnée de la mort de son mari.
Autre bifurcation : un Irlandais s’installe et apprend le gaélique à une enfant jusque-là muette.
On sort de ce film décontenancé. On cherche le fil conducteur : mis à part la narration faite par le cinéaste lui-même, le film semble aller dans toutes les directions. Ce faisant, il est difficile de s’attacher aux personnages. Pourtant, le film a des qualités indéniables. Les thèmes abordés, entre autres l’exploitation des orphelins de Duplessis, sont intéressants. La reconstitution d’époque est très bien faite. Mais hélas, il y a aussi un climat de violence dérangeant. Malgré tout, un film à voir!
Avec entre autres Céline Bonnier, Hélène Bourgeois-Leclerc, David Boutin, Pierre-Luc Brillant, Roy Dupuis et Rémy Girard (2008)
**** Expiation, de Ian McEwan

McEwan, Ian. Expiation, Gallimard, 2003, 488p.
*** Le voyage du fils, d'Olivier Poivre d'Arvor

Pendant ces quelques jours, ce dernier aura l'occasion de faire la connaissance d'une réalisatrice d'un film sur Marguerite Duras qui en fera son «amant» et d'un militant des droits de l'homme qui le traite comme son fils. Mais il aura surtout l'occasion de voir le fossé qui existe entre son univers et l'Occident, de constater que sa mère a vécu une vie de misère dans un pays d'abondance et que ce pays dont la devise est Liberté, Égalité, Fraternité traite de bien piètre façon ceux qui espèrent y trouver des jours meilleurs.
Cela aurait pu être un grand roman. Il y manque une intensité dramatique qui aurait unit de façon plus tangible les trois personnages. Le roman s'est quand même mérité le Prix Renaudot des lycéens 2008.
Poivre d'Arvor, Olivier . Le voyage du fils, Grasset, 2008, 246p.
**** Le Rapport de Brodeck, de Philippe Claudel

L’histoire se situe à une époque et dans des lieux non précisés. Certains détails donnent à penser qu’il s’agit d’un petit village d’Europe centrale, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cela est sans importance. Car l’auteur y aborde ses thèmes préférés : la peur de l’autre, la lâcheté, la cruauté, le mal, mais aussi la compassion, l’amitié, l’amour, l’espoir.
Le talent de Claudel est de multiplier les pistes, de nous révéler l’âme humaine et d’en faire un portrait si poignant qu’on se dit que cela pourrait se passer n’importe tout, même chez nous.
Philippe Claudel a aussi réalisé un film magnifique, Il y a longtemps que je t’aime.
Claudel, Philippe. Le Rapport de Brodeck, Stock, 2007, 414p.
*** L’étrange histoire de Benjamin Button, de Davis Fincher

Avec Brad Pitt et Cate Blanchett (2008)
*** Les Noces Rebelles, de Sam Mendes

Si ce n’était la performance des interprètes principaux, le film ennuierait carrément. Les deux jeunes gens semblent incapables de communiquer : lui ne comprend pas sa mélancolie, son cafard permanent; elle se méprend sur son apparente insatisfaction au travail. Quant aux enfants, ils sont purement «décoratifs». Le roman est-il meilleur?
Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio et Kathy Bates (2008)
***½ La traversée du continent, de Michel Tremblay

Rhéauna doit quitter un petit village de la Saskatchewan où elle vit heureuse auprès de ses grands-parents et de ses deux sœurs pour rejoindre sa mère qui la réclame à Montréal.
À travers ses yeux de dix ans, nous découvrons certaines nouveautés comme les baignoires, les ascenseurs et les rues pavées de Régina, de Winnipeg et d’Ottawa. Mais surtout, parce que Michel Tremblay est l’habile conteur que l’on sait, celle qui deviendra «la grosse femme d’à côté» va s’ouvrir au monde adulte.
Tremblay, Michel. La traversée du continent, Leméac, 2007, 288p.
****½ Faux coupable, de John Katzenbach

Chaque chapitre se termine par un dialogue entre une femme dont on ne connaîtra l’identité qu’à la toute fin et l’écrivain qui collige les informations. Le procédé, bien qu’agaçant, permet de prendre un certain recul et de poser certaines questions morales intéressantes.
Katzenbach, John. Faux coupable, Presse de la cité, 2006, 474p.
**** Chagrin d’école, de Daniel Pennac

À mettre de toute urgence entre les mains des élèves, des parents et …des enseignants !
Pennac, Daniel. Chagrin d’école, Gallimard, 2007, 305p.