**** Chagrin d’école, de Daniel Pennac

Chagrin d'école n’est pas à proprement parlé un roman : tout Comme un roman paru en 1992, il s’agit plutôt d’un essai dans lequel l’ancien cancre (c’est lui qui l’affirme) aborde la relation pédagogique qu’il a entretenu pendant des années avec les «mauvais élèves ». Mêlant certains souvenirs de ses propres angoisses d’écolier, des réflexions sur l’école, le rôle des parents, de la consommation à outrance et de la télévision, et explicitant ces dernières par des exemples touchants ou hilarants, Daniel Pennac ouvre une fenêtre d’espoir pour tous ces laissés-pour-compte.

À mettre de toute urgence entre les mains des élèves, des parents et …des enseignants !

Pennac, Daniel. Chagrin d’école, Gallimard, 2007, 305p.

***½ Le liseur, de Bernhard Schlink

Le roman raconte, le film émeut.
Géniale Cate Winslet, superbes David Kross et Ralph Fiennes qui donnent une âme à un texte plutôt froid.






Schlink, Bernhard. Le liseur, Gallimard, 1996, 243p.

***** Le liseur, de Stephen Daldry

1958. Pendant l’été de ses quinze ans, Michaël devient l’amant d’une femme d’âge mûr. À la fin de leurs ébats, Hanna lui demande de lui faire la lecture à haute voix. Puis Hanna disparaît du jour au lendemain, sans laisser de traces.

Huit ans plus tard, dans le cadre de ses études de droit, Michaël assiste à un procès d’ex- gardiennes nazies. Hannah est dans le box des accusées. Le film prend alors une intensité dramatique hors du commun. Car il ne s’agit pas d’un autre film sur l’holocauste; et si le film pose les questions des responsabilités individuelle et collective, de la culpabilité, de la moralité vs la légalité, de la rédemption et du pardon, il ne donne aucune réponse. Pas étonnant que le spectateur en ressorte bouleversé. Ce film est un chef-d’œuvre absolu.

Le jeu des comédiens est irréprochable; et tous les superlatifs de la langue française ne sauraient suffire à décrire le talent de Kate Winslet qui porte le film sur ses épaules.

Avec Kate Winslet, David Kross, Ralph Fiennes, Bruno Ganz (2008)

****½ Il faut qu’on parle de Kevin, de Lionel Shriver

Il faut qu’on parle de Kevin est un livre coup de poing. Dans les lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva parle de l’enfant à venir, des premiers mois, des premières années… jusqu’à ce JEUDI-LÀ. Eva ne cherche pas à se justifier ni à culpabiliser l’autre : elle veut juste comprendre pourquoi Kevin a posé ce GESTE-LÀ. L’auteure sait faire monter la tension dramatique tout en posant les nécessaires questions sur les responsabilités individuelle, parentale et collective.

Shriver, Lionel. Il faut qu’on parle de Kevin, Belfond, 2006, 480p.

*** Milk, de de Gus Van Sant

Le film s’ouvre sur des scènes d’archives montrant des policiers faisant une rafle dans les bars gais. Au même moment, Harvey Milk, premier politicien ouvertement gai à se faire élire aux Etats-Unis, enregistre un message au cas où il lui arriverait quelque chose. Il relate les huit ans de son combat pour la reconnaissance des droits civiques des homosexuels.

L’ambiance des années 70 est bien rendue, en particulier la croisade menée par la chanteuse Anita Bryant et le sénateur John Briggs contre les enseignants homosexuels. On ne peut qu’être choqué par leurs propos réactionnaires et en même temps inquiets de voir que les droits des gais sont toujoours régulièrement remis en cause.

Sean Penn prête ses traits à Milk: énergique, courageux, fantasque, parfois agaçant, il ne m’a toutefois pas beaucoup émue. Quant à Josh Brolin, il campe un homme torturé, visiblement perturbé par les idées libérales défendues par Milk. La scène où il scelle le destin de Milk est saisissante.

Avec Sean Penn et Josh Brolin (2008)

**** Une histoire de fous, de John Katzenbach

Une brève visite à l’hôpital psychiatrique où il fut jadis interné réveille chez Francis Pétrel de vieux démons qu’il croyait avoir mis en déroute. Hélas, le Mal est de retour ; et sa façon de le combattre est des plus originales : il doit raconter ce qui s’est réellement passé cette nuit-là.

Constant aller-retour entre jadis et maintenant, l’originalité du roman tient surtout au fait que l’histoire est racontée par «un fou» d’une intelligence hors du commun jouant un rôle important dans une enquête aux multiples rebondissements. Du même auteur, on appréciera aussi L’affaire du lieutenant Scott .

Katzenbach, John. Une histoire de fous, Presse de la Cité, 2005, 545p.

**** Il y a longtemps que je t’aime, de Philippe Claudel

Deux sœurs se retrouvent après quinze ans, au sortir de prison de l’aînée. Les retrouvailles sont d’autant plus difficiles que celle-ci se confine dans un mutisme de tous les instants et résiste à toutes les tentatives de rapprochement. Il faudra bien pourtant un jour répondre aux questions que se pose l’entourage. Où donc était cette sœur qui a surgi tout à coup? Pourquoi avoir caché son existence?

La vérité nous sera révélée à la toute fin. J’ai adoré ce film tout en nuances, qui s’adresse à l’intelligence du spectateur, qui suggère plutôt que de démontrer. Kristin Scott Thomas est bouleversante dans le rôle de la prisonnière qui a du mal à retrouver sa place dans la société. Quant à Elsa Zylberstein, elle nous touche aussi par la sobriété de son jeu : un regard, un sourire, un geste furtif suffisent à témoigner de son amour.

Avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein, toutes deux exceptionnelles (2008)